Romans et cuisine

La cuisinière – Mary Beth KEANE

Inspiré de la véritable histoire de Mary Mallon, ce livre nous plonge dans les Etats-Unis du début du XXème siècle, le New-York des domestiques pour y suivre une cuisinière passionnée mais porteuse d’une maladie grave et surtout contagieuse.

Le résumé de la quatrième de couverture

«  Immigrée irlandaise courageuse et obstinée arrivée seule à New York à la fin du XIXe siècle, Mary Mallon travaille comme lingère avant de se découvrir un talent caché pour la cuisine. Malheureusement, dans toutes les maisons bourgeoises où elle est employée, les gens contractent la typhoïde, et certains en meurent. Mary, de son côté, ne présente aucun symptôme de la maladie. Au contraire, sa robustesse est presque indécente. Des médecins finissent par s’intéresser à son cas, mais la cuisinière déteste qu’on l’observe comme une bête curieuse et refuse de coopérer. Pourquoi la traite-t-on comme une malade alors qu’elle est en parfaite santé ? Les autorités sanitaires, qui la considèrent comme dangereuse décident de l’envoyer en quarantaine sur une île au large de Manhattan. Commence alors pour Mary Mallon, femme indépendante, un combat à armes inégales pour sa liberté… »

Le livre en quelques mots

Ce livre est à la croisé entre un roman policier et une biographie : bien que l’on se doute de l’issue, on prend plaisir à découvrir la vie de cette cuisinière. Le rythme est assez soutenu et bien qu’il s’agisse d’un roman, la manière dont l’auteure décrit les faits nous donne l’impression d’y être, la réalité est présente et les images du New York de l’époque se construisent très bien dans l’imagination. Le ton neutre et factuel nous permet de nous faire notre propre opinion, les sentiments sont présents mais ne sont pas au premier plan.

Nous suivons donc l’histoire de Mary Mallon (1869-1938), du début de sa vie en Irlande jusqu’à la fin, en quarantaine sur une Île au large de Manhattan. Bien que l’histoire soit romancée, les faits généraux sont véridiques. Elle arrive à New York seule au début des années 1880, elle y travaille d’abord comme lingère, puis comme cuisinière, activité dans laquelle elle est reconnue et qui est une véritable passion pour elle. Mary Mallon fait la une des journaux américains de la première moitié du XXème siècle qui la surnomment « Typhoïd Mary ». Elle est présentée comme une femme forte et indépendante : elle vit avec un homme sans être mariée, elle refuse de croire en sa culpabilité dans la propagation de la maladie dans les différentes familles avec lesquelles elle travaille, elle est obstinée et courageuse. J’aurai presque eu envie que cela ne soit pas vrai, que le livre se termine bien, qu’elle puisse cuisiner comme elle aime le faire.

Les thèmes abordés dans ce roman sont nombreux : la vie des domestiques, les mœurs, mais aussi l’hygiène, la médecine de l’époque et la gestion de la santé publique de l’époque. En effet, Mary Mallon est la première porteuse saine identifiée de la fièvre typhoïde. On découvre avec elle le principe du porteur sain et toutes les problématiques de santé publique que cela peut engendrer. Autre sujet abordé, qui relève à la fois de la médecine et d’un sujet de société : l’alcoolisme et les autres addictions dues aux prescriptions faites à l’époque par les médecins. Ces sujets sont peu connus par la médecine de l’époque, ce qui donne lieu à des situations malheureuses que l’on retrouve dans le roman. La société américaine est abordée au travers de l’histoire d’une femme, qui est domestique, l’époque ne lui fait donc aucun cadeau.

Et la cuisine dans tout cela ?

La cuisine est au cœur de l’histoire bien que ce ne soit pas le seul sujet  : elle est à la fois une passion pour le personnage principal, son travail mais aussi tout le problème. Mary Mallon n’arrive pas à abandonner les fourneaux, c’est ce qu’elle sait faire, elle aime ça, elle le fait bien et elle le sait. Elle cuisine pour elle, pour ses voisins, pour ses différents employeurs. Elle cuisine pour les adultes et les enfants, elle sait combien se nourrir est essentiel et combien cela relève parfois du défi pour certain qui n’en ont pas les moyens. Elle aide si elle le peut pour préparer un cochon qui nourrira un bon nombre de famille, elle veut réconforter des femmes malades avec de la bonne nourriture. Elle est dans le déni des risques qu’elle prend et pour cause, les connaissances de l’époque ne lui rendent pas la tâche facile. La cuisine c’est sa vie, elle se sent bien dans cette pièce, c’est un travail dans lequel elle est reconnue et qui lui permet de vivre de manière indépendante dans une époque ou l’indépendance des femmes n’est pas tout à fait d’actualité. Elle choisit l’indépendance et la passion, elle vit comme elle l’entend. On sent bien, on devine qu’en plus d’être porteuse saine, elle paie aussi par l’enfermement et l’isolement cette indépendance ses choix. On questionne tous ses choix et pas que ses choix culinaires. 

On ne retrouve pas dans ce roman de jolies recettes, mais c’est une approche de la passion pour la cuisine qui est vraiment intéressante : cuisiner à tout prix. Nous sommes au début du siècle,  au balbutiement de la médecine moderne, les connaissances sont à l’époque totalement insuffisantes pour permettre à tout le monde de se rendre compte du danger que représente un porteur sain. Peut-on en vouloir à cette femme de ne pas abandonner sur le champs sa passion ? De suivre aveuglément ce qu’on lui dit alors qu’elle sent qu’on lui cache des choses ? Ou au moins qu’on ne sait pas tout. Ces questions sont intemporelles, et plus que jamais d’actualité dans la situation actuelle de confinement.

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