Cuisine·Dans la cuisine·Transition douce

Le dernier avocat pour plus de justice ?

Bon, vous pardonnerez, si vous le pouvez, ce titre douteux, mes quatre années en droit ne me lâchent pas comme ça.

Trêve de plaisanterie, j’ai publié le 20 août sur mon compte Instagram cette photo, image de mon assiette avec un avocat et une mangue, rapportés par mon père lors de son voyage en Guadeloupe. J’adore l’avocat, ses apports et ses bienfaits nutritionnels sont reconnus et son goût tout doux en fait un ingrédient de choix dans beaucoup de recettes. Mais que vaut ce fruit lorsqu’il est rapporté en cargos ? Serait-il simplement le début du casse-tête ?

Cette photo sera-t-elle la dernière d’un avocat sur mon compte Instagram ?

La France est le deuxième pays importateur/consommateur d’avocats derrière les Etats-Unis. Sa consommation a plus que doublé en quelques années en Occident. Mais le bilan écologique de cet aliment est désastreux.

La production d’un kilo d’avocat nécessite environ 1000 litres d’eau : pour indication et comparaison, les chiffres généralement communiqués sont, par exemple, 15000 litres pour un kg de bœuf, 4900 litres pour un litre d’huile d’olive, 590 litres pour un kg de pomme de terre. Non seulement sa culture est consommatrice en eau, mais sa production a lieu sur des terres rendues cultivables grâce à la déforestation, et se fait essentiellement dans des pays lointains : Mexique, Pérou, Israël… Ce qui exige donc un acheminement en transport réfrigéré si consommateur d’énergie. Pour couronner le tout, les fruits ne sont évidemment pas cueillis mûrs, sinon ils ne supporteraient pas le voyage, ils sont donc traités à l’arrivée pour activé le mûrissage. Une quantité folle d’énergies grises pour un si petit fruit !

[Parce que je n’étais plus sûre en l’écrivant, j’ai regardé pour ne pas faire d’erreur et je me suis dit que cela vous intéresserait sûrement : la différence entre mûrissage et mûrissement est significative ! Alors que le mûrissement est le processus naturel pour arriver à la maturation d’un fruit ou d’un légume, le mûrissage est un processus artificiel pour arriver à ce résultat. Pour un mûrissage efficace et au bon moment les méthodes sont diverses et variées mais elles ne pas normales dans le sens ou les fruits et légumes ne devraient pas arriver à maturation de cette façon.

Autre indication : l’énergie grise, c’est la somme de toutes les énergies nécessaires à la conception, la production, au transport, à l’utilisation et au recyclage d’un produit ]

Alors doit-on encourager la consommation d’un produit si négatif pour l’environnement ?

La réponse peut paraître simple à première vue pour une écolo convaincue : NON ! Il faut arrêter de consommer ce fruit à moins de le consommer sur son lieu de production pour limiter les énergies grises. Encore que, pour y aller, il faudrait certainement prendre l’avion, mais c’est un autre débat. On a beau l’aimer, l’adorer au petit déjeuner ou avec des crevettes au dîner, cela ne justifie pas un impact environnemental et social pareil. Depuis une trentaine d’années selon Le Monde, les cultures de l’avocat ont augmenté d’environ 6%. Le Mexique, premier pays producteur au monde, voit apparaître des cultures clandestines et des violences autour de ces trafics pour répondre à la demande toujours croissante des pays occidentaux, alors que les violences sont déjà un problème important pour ce pays. Ce fruit finit même par être surnommé « l’or vert ».

Contrairement à d’autres aliments qui se cachent un peu partout dans les produits transformés et qui sont compliqués à éliminer totalement, l’avocat peut facilement disparaître de nos assiettes. Bien qu’il apporte beaucoup côté nutrition (vitamines B9, C, E, K, lipides…) il peut tout à fait être compensé par d’autres produits moins impactants, plus locaux. Alors je vais essayer d’en réduire ma consommation, voire l’arrêter. Je ne suis pas parfaite et j’adore ça, je ne dis pas que je ne vais pas craquer mais le but est d’arrêter.

Mais que pouvons-nous consommer ? Et comment choisir ?

Si l’avocat n’est finalement qu’un exemple parmi tant d’autres, il permet tout de même de montrer le casse-tête qu’est devenue la consommation alimentaire de nos jours. Cet exemple pousse à analyser ce qu’on achète et ce qu’on mange. Les dilemmes sont nombreux. Faut-il prendre du bio qui vient de loin ou du local aux pesticides ? Les bananes sont produites en France, certes, mais nous les achetons en métropole alors qu’elles ont traversé un océan pour arriver. Et l’eau utilisée pour la production forcée ne serait-elle pas mieux dans une nappe phréatique ? Mais si la consommation s’arrête brutalement, que deviennent les ouvriers agricoles qui vivaient grâce à ces produits exportés ? On pourrait en écrire des kilomètres. C’est toute une économie, tout un monde à repenser.

Et l’impression que j’ai aujourd’hui, ce n’est pas de pouvoir faire au mieux mais seulement au moins pire. Car les tomates sont bios mais elles poussent dans une serre chauffée toute l’année, les carottes locales sont emballées dans du plastique et le fromage du fermier le plus proche coûte une fortune. Alors il faut choisir, choisir selon ses convictions, son budget, le temps que l’on accorde à nos repas, le plus pratique. La prise de conscience est le premier pas vers le mieux et souvent c’est le plus douloureux, car on se rend compte des conséquences de notre mode de vie et on peut se sentir submerger par les informations et la culpabilité. Je préfère limiter la frustration de ne pas pouvoir agir au mieux, et la culpabilité aussi, en me disant que déjà, j’en ai conscience et que j’agis, quelle que soit ma manière. Vu l’ampleur du problème, je me dis qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière d’agir, il faut bien commencer par un bout du problème.

C’est aussi cela, selon moi, la transition douce vers un mode de vie plus responsable, c’est faire le choix de consommer le plus malin possible pour que le plaisir dure plus longtemps et que le rythme soit tenable. Et puis en ce qui concerne l’avocat, j’aime bien me rajouter quelques petits défis, je vais donc partir en quête d’un aliment que je pourrais rajouter sur mes tartines sans qu’il ait fait le tour de la terre avant d’arriver dans mon assiette. Toutes les idées sont les bienvenues !

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